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Directeur général, à Mons, de l’Idea, intercommunale de développement économique et d’aménagement du territoire, Jean-François Escarmelle constitue, outre sa collection personnelle, une collection d’entreprise publique. C’est à la fois la quête d’un ailleurs lumineux et une volonté d’ouverture sur le monde. Fort de son expérience professionnelle et de cette passion pour l’art, il pose un regard critique, volontaire et optimiste sur les synergies qui existent entre conscience culturelle et créativité économique. Entretien pour un redéploiement.

 

– Jean-François Escarmelle, vous vous souvenez de vos premiers pas dans le monde de l’art ?
– Je suis né dans une famille gaumaise. Ma mère était fille d’agriculteurs et mon père instituteur. Il avait des amis peintres et achetait des tableaux, des peintres luxembourgeois comme Camille Barthelemy ou Marie Howet. Ceux-là du moins étaient les plus intéressants. Dès mon enfance, j’ai donc été sensibilisé à la peinture et lorsque suis arrivé à Mons pour suivre mes études universitaires, je me suis très spontanément retrouvé dans le petit milieu artistique montois. Je pense à Jean-Marie Mahieu ou à Christian Rolet que j’ai rencontrés à l’époque. Très vite j’ai fréquenté les galeries. Sans argent. J’allais galerie de la Paille à Bruxelles, chez Manette Repriels à Liège. Et j’ai commencé par acheter des multiples, Panamarenko entre autres. J’ai évidemment raté des opérations extraordinaires : je me souviens d’une magnifique aquarelle de David Hockney, vraiment pas chère, mais comme je n’avais pas les moyens… Peu à peu, j’ai pu investir un peu plus, mais je n’ai jamais collectionné avec un but spéculatif, uniquement par goût et par intérêt pour l’artiste dont j’acquérais les œuvres. J’ai eu la chance de voyager très jeune. À 19 ans, j’ai été travailler dans des champs de tabac au Canada. J’en ai profité pour descendre vers les Etats-Unis où j’ai visité les musées, motivé par une grande curiosité intellectuelle. Au fil d’une vie, les goûts évoluent bien sûr, mais j’ai toujours circulé avec ce même souci de curiosité. Et je n’ai pas arrêté d’acheter. Ma première oeuvre il y a trente ans, la plus récente il y a quinze jours. Tout s’empile chez moi, mais j’alterne les accrochages, je ressors d’anciennes pièces, que je redécouvre toujours avec le même plaisir.
– Circuler devait être une nécessité à l’époque. On ne peut pas dire que l’offre régionale en matière d’art soit d’une grande richesse…
– Le milieu montois est évidemment un tout petit milieu, trente personnes qui réfléchissent et qui sont, de ce fait, appelées à se rencontrer. J’ai ici deux bons amis que ce sont Jean-Marie Mahieu et bien sûr Laurent Busine. Il y a aussi Xavier Canonne, directeur du musée de la photographie, que je connais depuis longtemps, Pierre Olivier Rolin qui anime le BPS22 à Charleroi et que j’apprécie particulièrement. Récemment j’ai accepté de rentrer dans le conseil d’administration du Wiel’s, projet de centre d’art contemporain à Bruxelles. C’est un grand projet, dont la ville a besoin, un projet bicommunautaire, et il faut que les deux communautés y participent. Mais personnellement, je ne suis pas du genre à courir les vernissages. Je préfère acquérir des œuvres auprès des galeries, sans l’intermédiaire de l’artiste. Je participe peu aux mondanités de l’art contemporain. J’estime qu’on a d’abord une relation avec l’œuvre avant d’avoir une relation à l’artiste.
– Durant les années 80, vous avez eu des prises de positions essentielles quant au développement endogène et exogène d’une région, quant aux relations qu’entretiennent économie et culture en matière de développement. Vous aviez co-signé avec Laurent Busine une intervention remarquée lors d’un congrès en 1987 sur le futur de la Wallonie.
– La Belgique a connu l’un des plus importants développements économiques au monde durant la première moitié du vingtième siècle. Le pays a occupé la seconde place en la matière. Et c’est l’époque où nous avons eu le plus grand rayonnement scientifique et artistique. Il y a corrélation entre développement culturel et économique, c’est évident. La question est de savoir si c’est le développement économique qui, produisant de la richesse, génère un mécénat artistique ou si ce sont les prises de consciences culturelles qui se traduisent dans la créativité économique et industrielle. Je suis en tout cas persuadé qu’il y a de fortes synergies et interférences entre les deux. Regardez l’actuel développement économique de la Californie : il correspond à une délocalisation partielle de la vie artistique vers l’Ouest américain. Je suis persuadé que demain de très grands artistes viendront de Chine et que la Chine se dotera de musées, de biennales, de foires importantes. Mon métier consiste à animer le développement d’une région. Le « core business » est donc d’activer ce déploiement économique et celui-ci, à notre échelle, doit s’appuyer sur les forces qui existent, sur un développement endogène fondé sur les universités, les centres de recherche, une excellence, un savoir faire historique sectoriel. Mais c’est aussi aller chercher à l’extérieur ce qui nous manque dans la région. Je suis toujours satisfait lorsqu’une entreprise étrangère investit à Mons, parce que non seulement elle apporte du capital et crée de l’emploi, mais aussi parce qu’elle amène quelque chose d’autre en termes de culture d’entreprise et de travail. J’entendais Jean-Claude Daoust, président de la FEB, plaider pour le multiculturalisme dans les entreprises et je trouve qu’il a totalement raison. J’ai moi-même engagé pas mal de jeunes collaborateurs d’origine arabe ou africaine. C’est un devoir que nous avons vis-à-vis d’eux. C’est également l’intérêt des entreprises. Le multiculturalisme engendre une nouvelle créativité. Il est impératif donc non seulement de tabler sur les acquis et sur l’histoire, mais aussi de s’ouvrir sur le monde extérieur. Dans le domaine spécifique de la culture et de l’art, le chemin est encore long. Je vois encore trop de politiciens qui continuent à avoir de l’intérêt pour le seul peintre de natures mortes de leur village. Je suis ahuri de voir chez bon nombre des réflexes artistiques purement traditionnels. La bourgeoisie montoise conserve des œuvres d’Anto Carte ou d’Arsène Detry, des Devos, des Buisseret, mais on ne trouvera ni Magritte, ni Broodthaers et il est exceptionnel de croiser une pièce d’un artiste étranger.
Je crois que la Wallonie a encore un long chemin à parcourir, par exemple pour rattraper la Flandre. Celle-ci est un modèle d’encouragement au développement artistique. Elle soutient ses artistes, s’est dotée de musées, dispose de lieux d’expositions. Il y a des galeries, il y a des collectionneurs. En Wallonie, rien de tout ça. Deux galeries privées d’une part, le Mac’s à Hornu et le BPS22 à Charleroi de l’autre. Et c’est tout. Or il y a beaucoup d’artistes, jeunes ou moins jeunes, dont le travail est intéressant et qui finissent par bénéficier d’une plus grande visibilité au nord du pays. C’est le sens de mon engagement au Wiel’s : j’estime que les Wallons et les Francophones en général doivent être réactifs. Je m’efforce d’alerter le monde politique. Sans doute les moyens budgétaires ne sont-ils pas les mêmes, mais c’est un grand dessein pour Bruxelles, qui doit être une ville européenne, une ville d’ouverture. Les Communautés, le Fédéral doivent soutenir ce projet. Je reconnais qu’actuellement nous n’avons pas beaucoup de succès auprès des pouvoirs publics pas plus d’ailleurs auprès des grandes entreprises nationales qui restent actuellement sans réaction. C’est symptomatique et assez tragique. Dans le modèle nord américain, il n’y a pas une entreprise qui ne contribue pas au développement des sciences, des arts, qui n’investisse dans une cause philanthropique. Chez nous seul le sport intéresse les grandes entreprises.
-Serait-ce une différence de moyens mis en oeuvre entre le nord et le sud du pays ? ou une différence d’objectifs ?
– Il y a les deux. La Flandre a eu le grand courage de s’atteler à son « Kunstdecret ». Elle a mis de l’ordre dans ses affaires. En Communauté française, on n’en est pas là. Il y a un peu d’argent que l’on saupoudre à gauche et à droite, c’est le cas de le dire, suivant des critères subrégionaux, purement politiques et fort éloignés des critères de qualité artistique.
– Si vous deviez caractériser les grandes lignes de votre collection personnelle ?
– En fait, je me suis rendu compte que j’acquiers pas mal d’œuvres qui ont un rapport au voyage, à l’étranger, à l’exotisme, au multiculturalisme. Ce ne sont pas les seules, mais lorsque je réfléchis à mes motivations, ceci apparaît comme un fil conducteur. Je compense peut-être une sorte de frustration. Jeune, je voulais partir à l’étranger. Je n’ai pas pu le faire pour des raisons familiales. L’Afrique m’attire beaucoup. C’est ainsi que j’ai des œuvres d’Alighiero e Boetti, de Muswa kalanga, de Barthélemy Togo, de Serrano. Même certaines œuvres d’artistes européens sont empreintes de ce goût de l’évasion. Jean Le Gac par exemple. De Walter Swennen, j’ai une toile représentant un cactus dans un désert. C’est un axe qui correspond à un besoin physiologique : besoin de voir le ciel, besoin d’ailleurs, besoin de lumière. Jean-Marie Mahieu partage ce sentiment et le traduit dans sa peinture, cette façon d’évoquer une région anciennement riche et qui est devenue noire, avec cette recherche de lumière de l’orient. Mais je collectionne aussi bien d’autres choses, de Broodthaers à Streuli.
– C’est l’art pour luminothérapie ?
– Oui en quelque sorte. Les toiles de Mahieu témoignent de cette quête d’autre chose.
– Vous avez également donné un prolongement professionnel à cette aventure personnelle, puisque l’Idea, l’agence de développement économique que vous dirigez, collectionne également. C’est un prolongement logique à vos idées sur le développement, le redéploiement économique régional ?
– Je n’ai pas la prétention d’être donneur de leçon et j’élabore cette collection discrètement. Quiconque demande à la visiter est le bienvenu. J’assure les visites guidées moi-même.
Je constitue cette collection pour deux raisons. D’une part, l’Idea est une structure publique. Donc cette collection appartient à la collectivité, propriété d’une association de communes. Je l’ai fait aussi pour la qualité d’environnement du lieu de travail. C’est plus agréable que des murs ternes et des pots de fleurs. Et je mène le projet sans investissements très importants. L’Idea achète deux ou trois œuvres par an. La collection compte un peu moins de 80 œuvres. Elle n’est pas muséale, c’est une belle collection, sans plus. J’ai tenté d’acheter, avec quelques conseils d’amis, de bonnes pièces au bon moment. Günter Förg ou Thomas Ruff par exemple que je ne pourrais plus acquérir aujourd’hui. Au départ, le personnel s’est montré désarçonné. On a évidemment dit que c’était ma danseuse, on m’a aussi pris pour un fou. J’ai organisé des rencontres autour de la collection pour le personnel, dans certains cas avec la complicité de Laurent Busine. Aujourd’hui, je suis heureux de voir dans le journal d’entreprise que nous publions et dans lequel je n’interviens absolument pas, qu’il y a en chaque livraison deux pages sur les œuvres de la collection. Et ce sont des membres du personnel qui gèrent la rédaction : la collection est très bien intégrée dans la vie de l’entreprise. J’achète seul, en toute transparence. Et les œuvres sont activées au bilan de l’entreprise.
Le projet est différent de ma collection personnelle, il a sa singularité. J’essaie d’acquérir des œuvres qui ont un sens non seulement en fonction de l’activité de l’Idea mais aussi par rapport à la région. Voyez dans mon bureau : il y a une photo de Louis Jammes qui évoque directement l’émigration algérienne au travers du quartier de la Goutte d’Or à Paris. La Wallonie a connu une forte émigration. En face, un monochrome rouge de Marioni. Or notre région est historiquement fort rouge. Et également une photo de Mapplethorpe représentant dos-à-dos deux profils, un noir et un blanc : la problématique du racisme est fondamentale et je suis un fervent partisan du multiculturalisme. Si j’acquiers une œuvre de Michel Frère, c’est parce qu’il est d’origine hennuyère et parce que sa peinture matière fait référence à la terre, a nos paysages. Nous avons acquis une photo de Graigie Horsfield, un coron en Pologne. Ce pourrait être un coron de Wallonie. Il n’y a pas qu’en Wallonie qu’existent ces chancres d’un passé industriel révolu. Le ciel de Ruff, c’est l’évasion poétique à laquelle chacun aspire : aujourd’hui on travaille, hier on souffrait dans la mine, mais on regarde de temps en temps le ciel. C’est un moment d’évasion, une façon de se resituer par rapport au monde. Les œuvres d’Axel Hütte, ses paysages du pôle nord, c’est un dialogue avec la nature. Et sans vouloir faire de l’écologie à bon marché, je pense que nous avons aussi en Wallonie une nature à préserver. C’est fondamental dans notre travail puisque nous sommes en charge de l’assainissement de sites industriels. Il ne peut pas y avoir de redéploiement économique sans penser au corollaire poumon vert. Nous avons un grand panoramique de Felten-Massinger qui représente un bâtiment industriel en démolition. Il y a dans la collection un sens sociopolitique, même dans des œuvres abstraites comme ce monochrome de Marioni. Dans un lieu de travail, il est important d’ouvrir des fenêtres sur l’extérieur. Aligner des chiffres sur un ordinateur nécessite aussi de voir le ciel. C’est également susciter du rêve, de l’optimisme, de la poésie. Ou de l’humour. Dans le bureau de la directrice financière de l’Idea se trouve une œuvre de Jacques Charlier qui fait à la fois référence à un billet de banque, à Félicien Rops et à une partie de jambes en l’air. Dix ans plus tard, nous avons acquis une œuvre de Pascal Marthine Tayou, sur le même thème du billet de banque, mais africain cette fois. J’ai ainsi également associé l’américain James Casabere et le belge Philippe De Gobert qui, à des moments différents, dans des contextes différents, ont posé sur l’architecture des questions similaires, une autre de nos préoccupations.
À titre personnel, j’achète aussi beaucoup d’art populaire africain, des enseignes de magasins, des jouets d’enfants qu’il m’arrive d’accrocher avec des œuvres. Des amis ont cru récemment que je possédais une composition de Guillaume Bijl. En fait c’était l’une de mes combinaisons : quelques masques africains, la couverture du « pourquoi pas ? » dessinée par Ochs, datée de la semaine de l’indépendance du Congo et une gouache de Malcolm Morley. L’art, ce sont aussi des ponts entre les cultures. D’où mon intérêt pour William Kentridge, Kendell Geers, Barthélemy Togo, d’autres. Il est important de montrer ces artistes, qu’on perçoive leur vision du monde. Ne fût-ce que pour remettre en question notre propre conception du monde dont on n’a pas toujours à être très fier.
Un livre sur la collection Idea est en préparation, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’intercommunale. Une exposition aussi : elle regroupera, en juin, les œuvres photographiques de la collection au Musée de la photographie de Charleroi.

image : Pascal Martine Tayou, caisson lumineux

paru dans H.ART, mars 2006

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“Il recentre la vision sur ce qui se passe, ici et maintenant, explorant inlassablement, l’immense étendue d’un quotidien, que nous croyons désert”, écrivait récemment Jacques Charlier à son sujet. “Pas besoin de mots, Sumkay photographie les instants de la vie et cela suffit pour la ressentir”, affirme pour sa part Ben Vautier. L’oeuvre photographique de Jim Sumkay, montrée en périphérie de la biennale de la photographie de Liège ce mois-ci, est incontestablement une perle à ne pas manquer. Elle se déguste comme les airelles, fraîche et immédiate.

Jim Sumkay
La biennale internationale de la photographie et des arts visuels de Liège qui se tient tout prochainement (1) aux quatre coins de la ville, déclinée en expositions officielles, périphériques, in et hors champ, historiques ou d’actualité en est à sa cinquième édition. Difficile certes de survoler d’un coup d’œil une quinzaine de manifestations et leurs activités connexes. Sur un canevas, désormais traditionnel, la biennale aborde la photographie au sens le plus large du terme, associe un très large collectif, se développe autour de plusieurs thématiques, alterne les hommages et les découvertes, aborde tant la photographie plasticienne que celle de reportage et s’articule sur l’invitation faite par ses promoteurs à un pays étranger, le Brésil en l’occurrence cette année. C’est là au moins où elle puise son envergure internationale. On notera une dimension très socio-politique, entre le travail monumental sur les dépôts d’immondices de Rio mené par Numo Rama, les protestations populaires abordées par Evandro Teixeira et Juca Martins, ou l’exposition centrale de la biennale, sorte de mise en perspective de la société brésilienne aujourd’hui. Celle-ci fait la part belle notamment au travers des images de Walter Firmo, Berna Reale, Joao Roberto Ripper ou Cascio Vasconcellos, aux thématiques d’identité, de résistance, de détention, de perception des grandes villes. On épinglera également la première rétrospective à l’œuvre d’Ana Regina Nogeira ainsi qu’une découverte singulière, celle des photographies du Belge Thomaz Farkas, qui durant les années 50 et 60 suivit, avec dès le départ une nette intention constructiviste, le chantier et l’inauguration de Brasilia.

L’assuétude au réel.

Face à ce vaste programme à découvrir, nous préférons mettre l’accent sur une exposition périphérique, dont le titre « Rue Carnaval » (2) est un prétexte d’à-propos non dépourvu de sens : la réjouissance païenne, la rue et sa théâtralité, la parade du quotidien citadin sont parmi les ferments de l’œuvre de Jim Sumkay, œuvre compulsive, qui jamais ne pourra s’assigner à une thématique, qui jamais ne se fige sur le seul papier glacé.
Sumkay, c’est l’assuétude au réel, une plongée immédiate et permanente dans ces petits riens qui fondent notre conscience du monde, où l’universel touche à la proximité, où la proximité concentre ces petits riens qui font tout un univers. La photographie, ici, est le résultat d’un vécu, d’une prise de risque, d’une disponibilité, d’une improvisation menée néanmoins avec rigueur, en fait d’une attitude ou même d’un protocole qui encadre le travail comme une sorte de règle du jeu.
Car tout procède d’une déambulation quotidienne, menée méthodiquement, une sorte de performance conduite au fil des jours. Jim Sumkay chaque matin quitte son domicile pour une déambulation parfaitement hasardeuse et instinctive. Une déambulation dans la ville au sens générique, donc de n ‘importe quelle ville. Ni déréliction ou perte de soi dans l’univers urbain, ni programmation. Il s’agit, en arpentant le réel, de se mettre à la disposition de ce qui est, sachant que rien n’est acquis, que tout est à gagner : ce qui est, ce qui sera prétexte à faire image, ce qui comblera le manque. Le but est de rentrer le soir riche d’une quinzaine de clichés qui seront –l’image en noir et blanc est numérique, non argentine- directement envoyés à une liste de diffusion via courriel et déposés, en archives quotidiennes, sur un site Internet. (3) Impressionnante régularité où la photographie est une sorte d’alibi à un partage immédiat. « Désamorcer la peur de l’étrange et de l’étranger », dit-il, « éprouver la prise de risque inévitable, avoir conscience que souvent le résultat est en rapport avec l’audace ». La pratique est ici forme de vie dans cette immense aspiration à ressentir la vie, en ce qu’elle a de discret, humble, incongru, décalé, déjanté, tendre, violent, corrosif, sans retenue, impudique. Nous sommes, devant les images de Sumkay, a l’opposé du trope du banal, précisément là où l’insignifiance prend toutes ses signifiances. Chaque image tue le monde pour faire naître l’image, car déclencher reste une décision, toutes les images reconstituent un monde, dans son intimité dérobée. « La photographie est alors plus intime qu’il n’y paraît, écrit-il encore. D’ailleurs, les images qui nous restent en mémoire sont celles qui cousinent avec notre inconscient profond qui anticipe : il est fréquent que des détails apparaissent à la seconde, voire à la troisième lecture’ . Les images de Sumkay, assurément, en méritent plus qu’une.

 

(1) du 19 février au 31 mars, divers lieux. Programme complet sur http://www.chiroux.be
(2) du 20 février au 17 mars, galerie Wittert, ULG, place du 20 août, WE exceptés
(3) http://www.museepla.ulg.ac.be/opera/sumkay/archives.html

image : Jim Sumkay, 28.09.05

paru dans H.ART, février 2006

Bonjour !

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