A l’Ikob d’Eupen, Une sélection d’œuvres acquises par le ministère de la Communauté française. Les œuvres provenant du Mac’s sauvent la mise.

Katrin Fraisager, To be like you, 2000. Photographie, C-Print Diasec, 162 x 200 cm, éd.2/3. Collection MAC’s, propriété de la Communauté française de Belgique.

On peut parfois s’interroger sur le sens que revêtent les expositions collectives. Il y a bien sûr les traditionnelles thématiques ou celles qui sondent une idée, un courant de pensée, une question de méthode, celles qui sont écrites comme une fiction, un essai théorique, ou qui considèrent le réel, celles qui suscitent une réflexion ou celles qui initient le regard et s’inscrivent dans un processus de médiation. On peut bien sûr tisser ces choses-là en tous sens. L’actuelle exposition de l’IKOB à Eupen est plutôt une exposition vitrine. Son titre, « derniers encodages » fait bien évidemment référence à l’idée de collection et à son classement. En l’occurrence, les dernières œuvres encodées par le Service des Arts plastiques du ministère de la culture de la Communauté française, non pas arithmétiquement les toutes dernières acquisitions, bien que bon nombre soient assez récentes, mais une sélection d’œuvres acquises par le Ministère.
Cela semble l’essentiel du message à transmettre au public. Toute la communication autour de cette exposition se concentre en effet sur le fonctionnement du Service des Arts plastiques, de la décentralisation des collections aux rôles des commissions consultatives ; elle évoque le partenariat avec l’Ikob et développe le sens stratégique de la manifestation, rappelant que Francis Faidler aime à parler, non sans humour, du centre d’art comme du « Frac oriental de la Belgique », aux confins de la Belgique, de l’Allemagne et des Pays-Bas et que c’est donc l’occasion de faire découvrir ces collections publiques aux publics des régions frontalières. Elle précise enfin que ce sont les collections du Mac’s qui tracent l’épine dorsale du projet.
C’est le gros bémol de cette initiative : toute la littérature, et le concept, qui accompagnent l’exposition sont un tantinet ennuyeux et relève plus du rapport d’activités de la fonction publique que d’une médiation qui mettrait l’œuvre d’art et le regard au centre des préoccupations et des enjeux. Nous sommes fort loin des « Storage » du BPS22 ou d’« Anagramme » du Mac’s, pour reprendre deux expositions qui plongeaient, elles aussi, dans le domaine de la collection publique.
L’épine dorsale est donc constituée par les collections du Mac’s. Et c’est heureux. Cela décloisonne bien sûr les choses. Il s’agit là, affirme les organisateurs, de tendre également « vers une universalité ancrée sur la capacité des artistes à évoquer la diversité du monde dans la singularité de leur création », rhétorique propre au musée du Grand Hornu, et surtout de rassembler quelques œuvres significatives. La qualité intrinsèque de la collection de la Communauté française elle-même reste encore aujourd’hui un sujet de controverse et le débat reste ouvert, de façon critique comme sur le plan politique sur les accents à donner à l’accroissement de cette collection, compte tenu d’un budget d’une maigreur insensée. L’apport du Mac’s, qui achète peu, mais avec une pertinence muséale, était dès lors capital dans le contexte de cette exposition..
L’ « unghia e fragile » de Penone, cette mise en relation de l’homme et de la nature, interroge avec justesse la nature, le temps, l’être, le devenir, l’infini. « 1411 » de Thomas Ruff appartient à la célèbre série des « Maschinen », une série documentaire à l’aura presque animiste, le recyclage de la photographie usagée en photographie d’art. “Don’t let the T-Rex get the children” de Maria Marshall, ce visage de gamin en son univers capitonné renoue avec la dimension psychologique du cinéma. La force des oeuvres de Maria Marshall réside dans un fragile équilibre entre la fascination – liée à la séduction visuelle des images – et le malaise provoqué par un sentiment de violence sous-jacente. L’œuvre de Katrin Freisager, « To be like you », invite à réfléchir sur la façon dont on peut faire sien le corps de l’autre. Un corps allongé est dans une position de soumission qui donne l’impression qu’accueillir l’autre ou le devenir, c’est forcément un acte d’acceptation. Face à « Mexico City » de Balthasar Bhurkard, la puissance évocatrice du grand format nous fait prendre conscience de l’immensité du monde. « Standomi » de Gunter Förg, illustre, un jour à la fenêtre, l’extraordinaire capacité de l’artiste à rester un flâneur dans la modernité. Quant à la « périphrase » de Guy Rombouts, elle est œuvre ouverte où l’ « azart » nous mène sur les chemins de l’imaginaire.
Ces œuvres donnent une évidente amplitude à une exposition qui se dessine, en son parcours, sous forme d’associations. Il y a ce qui touche à la vie, à la mort, au sommeil, au rêve : aux Penone, Ruff, Marshall, Freisager, on ajoutera Charlier, son « Dream » et l’émouvant « temps entremêlés » hommage au couple Blavier. Jean-Marie Gheerardhijn aussi, formidable dictateur artistique, et ses inquiétants charniers de mouches. Il y a ce qui touche au paysage, de Burkhard à Berlanger, en passant par Xavier Martin ou Marin Kasimir. Joli clin d’œil que de confronter ce château de Remouchamps de Paul-François Hermanus (1897), ancienne acquisition de l’Etat belge en 1912, à la « Villégiature – Château noir » de Marcel Berlanger, art de la révélation au sens photographique du terme, écrivait Pierre-Olivier Rollin, où il s’agit à la fois de livrer une image et d’en dévoiler l’origine picturale. Il y a ce qui touche à la couleur, et la confrontation, moins convaincante, des œuvres de Mouffe et Leonardi. Il y a, enfin, ce qui touche aux mots, à leurs jeux et leurs irrégularités. Et là Blavier auquel Charlier rendait hommage doit se retourner dans sa tombe. Le « tape à l’œil » de Michael Dans est vraiment fort tape à l’œil ; on en retiendra le bel exercice de menuiserie. Les « perversions bipolaires » de Pascal Bernier sont une aimable levrette entre un ours polaire femelle naturalisé et une peluche géante d’ours brun. Amusant certes, mais on connaît de l’artiste d’autres œuvres infiniment plus subtiles.

 

A l’IKOB, jusqu’au 8/7. Infos utiles sur http://www.ikob.be

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